Eric Delétang

Formé à Niort où il se révèle, avant signer pro à Monaco au milieu d'une constellation d'internationaux, Eric Deletang, numéro 10 à l'ancienne, a vécu mille vies en 17 ans de carrière : les années potes à Martigues, la montée au Havre, les coups de couteau dans le dos de présidents radin, les clash avec les entraineurs les blessures à Alès où il a participé à l’éclosion de Lamouchi...
Eric Delétang

En Bref

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5 février 1966
Milieu
Voir les stats détaillées de son parcours
Saison Club Nb matchs Nb buts
1983 - 1984 Chamois Niortais ? 7
1984 - 1985 Chamois Niortais 29 0
1985 - 1986 AS Monaco 1 0
1986 - 1987 AS Monaco 0 0
1987 - 1988 AS Monaco 2 4
1988 - 1989 FC Martigues 34 9
1989 - 1990 FC Martigues 32 6
1990 - 1991 Le Havre AC 28 2
1991 - 1992 Perpignan Canet FC 18 5
1992 - 1993 Perpignan Canet FC 28 2
1993 - 1994 Olympique Alès 18 14
1994 - 1995 Olympique Alès 40 4
1995 - 1996 FC Lorient 28 1
1996 - 1997 FC Lorient 18 3
1997 - 1998 Angers SCO 16 ?
1998 - 1999 FC Rouen ? 5
1999 - 2000 FC Rouen 17 0
Stats issues de Footballdatabase.eu
  • 1988 : Champion de France (Monaco)
  • 1991 : Champion de France de D2 (Le Havre)

Sa vie, son oeuvre

Sa carrière en club

Né en Algérie, Eric Delétang suit ses parents et atterrit en Charentes. C’est donc à la campagne qu’il s’initie aux joies du ballon rond. Alors qu’il joue en cadet à Châtellerault, les émissaires de Niort le repère et le font venir. A l’époque, les chamois végètent en CFA, c’est dire si l’avenir professionnel de ce petit meneur de jeu s’écrit en pointillé. Seulement voila, à Niort, il y a une super génération avec en tête de gondole, Patrick Parizon qui termine sa carrière tranquille. Les chamois montent en D3 puis dans la foulée, terminent champion et accède à la D2. Avec 7 pions, Eric est un des moteurs de l’équipe.

Son destin bascule lorsque l’AS Monaco décide de miser sur lui, avec un contrat pro de 4 ans. Il est jeune et prometteur. C’est un diamant brut à tailler. Malheureusement pour lui, il va vite déchanter. Le milieu monégasque est fourni en quantité et en qualité, avec Claude Puel, Marcel Dib, Bernard Genghini, Daniel Bravo. Eric ne jouera qu’un petit match avant de disparaître en équipe réserve, avec laquelle il cartonne d’ailleurs. Le joueur n’a rien à faire en D3 mais n’est pas non plus armé (question expérience et mental) pour s’imposer dans un effectif constellé d’internationaux. Il refait surface avec l’équipe première lors de la saison 87-88. Certaines têtes ont changées, avec Jean-Marc Ferratgé, Glenn Hoddle, Jean-Philippe Rohr ou encore Christophe Métais et Fabrice Mège. Avec 2 petits matchs, Eric peut prétendre au titre de champion de France mais son apport est tout de même limité. En début de saison, il est titularisé lors du trophée des champions, contre Bordeaux, il jouera par la suite une rencontre de Coupe d’europe. Appelé sous les drapeaux, avec l’équipe de France militaire, il pâtit de ses absences à l’entrainement et n’a pas l’occasion de s’exprimer pleinement. Il n’arrive donc pas à s’imposer et Monaco croit de moins en moins en lui. Son passage sur le rocher lui laisse tout de même un bon souvenir. « En 1985, à l'âge de 19 ans, je pars à Monaco en tant que stagiaire pro. Là-bas, moi qui n'ait pas connu les centres de formations, je m'entraînais tous les jours aux côtés d'internationaux et c'était la meilleure des écoles, car comme j'ai pour habitude de dire, les entraînements c'est encore mieux qu'une formation ! En effet, si vous avez la chance de côtoyer des garçons comme Manuel Amoros ou Claude Puel, je peux vous dire que vous apprenez très vite lorsque vous êtes un joueur à vocation offensive. Sous les ordres d'Arsène Wenger j'étais souvent dans le groupe mais remplaçant. ». Le club, qui ne veut pas insulter l’avenir, décide tout de même de le prêter en D2, histoire de juger sur pièce.

Dans la Venise provençale, sa carrière va vraiment décoller. Il débarque à Martigues grâce au partenariat entre les 2 clubs. Eric tombe de haut en arrivant : « Pour en revenir à mon arrivée à Martigues, et bien cela s'est fait dans le cadre du partenariat entre Martigues et Monaco qui venait d'être signé entre les 2 clubs. Et dans le cadre de cette collaboration je suis devenu le 1er joueur prêté par l'ASM au FCM et après d'autres ont suivi ou ont fait le chemin inverse comme Patrick Blondeau ou Ali Benarbia. Voilà comment j'ai un jour porté les couleurs sang et or. Pour mes débuts je me suis d'abord demandé où j'étais tombé car dès mon arrivée, et j'en parle car il y a prescription, Henri Canet m'a mis de suite à l'aise lors de mon 1er entraînement à Julien Olive en me disant "ici tu fais pas la star, ce n'est plus la vie de château". » Effectivement, c’est pas les mêmes moyens ni la même ambiance. « Pour les stages d'avant saison c'était plus barbecue et pétanque que football... Et le tout en réalisant 2 grosses saisons dans le haut du tableau et un joli parcours en Coupe de France avec une élimination en 8ème contre Mulhouse où il y avait Franck Priou. Nous étions une belle bande de copains ! Nous nous sommes retrouvés plus d'une fois chez Gilles Salou qui avait aménagé dans sa maison une petite salle en discothèque... Maintenant dans le football moderne allez retrouver cela ! » se rappelle Eric. Après une bonne première saison, le club lève l’option d’achat. A Martigues donc Eric s’affirme comme un des meilleurs meneurs de jeu de D2. Après 2 ans à prendre du plaisir, il se rend toutefois compte que s’il veut vraiment faire carrière et rejouer en D1, c’est pas ici que s’inscrit son avenir.

Eric fait alors le choix de la raison et rejoint Le Havre, qui joue vraiment la montée. L’équipe est taillée pour le titre et ne déçoit pas : Eric forme un super duo avec Alain Bénédet, bien soutenu par le jeune Thierry Moreau. Ou encore Patrice Quilan. Devant l’attaque Bruno Roux - Joël Tiéhi fait des malheurs et derrière Philippe Mahut, du haut de ses 35 ans tient la baraque. « Je suis parti au Havre en 1990-1991, et je précise vraiment a contre coeur, mais je voulais donner un nouvel élan à ma carrière en rejoignant le HAC qui jouait la montée en D1 et comme je voulais regoûter à la 1ère division j'ai accepté ce challenge. ». Eric confirme tout le bien qu’on pense de lui, avec 8 buts et 11 passes décisives en 24 matchs, mais se brouille en fin de saison avec l’entraineur Pierre Mankowski. C’est qu’Eric n’a pas la langue dans sa poche : « Je suis désolé mais blanc ce n'est pas gris ». Réfractaire à l’injustice, il n’hésite pas à l’ouvrir, ce qui précipitera sa chute. Auréolé d’un titre de champion de D2, Eric se retrouve un peu planté par les dirigeants qui veulent faire des économies de bouts de chandelle pour se renforcer. « A l'époque ce n'était pas les joueurs qui faisait la loi et de ce fait on m'a mis une pression énorme afin que l'on puisse revoir mon salaire à la baisse et permettre de "gratter" pour faire venir des joueurs plus expérimentés. On a mis la pression sur les joueurs les plus fragiles psychologiquement en faisant tout pour les écarter et j'ai cédé à cette pression. ». Fauché comme un lapin en plein vol, Eric voit son rêve de D1 se briser net. Pourtant, 2 jours avant d’être viré, Delétang était présenté comme la meilleure affaire faite par le HAC… comme quoi, tout va très vite dans le football

Il quitte la Normandie et commence un parcours assez compliqué. Il signe à Perpignan mais se blesse assez rapidement, ce qui l’écartera des terrains pendant une bonne partie de la saison. Il revient bien la saison suivante, mais ce sont les instances qui s’emmêlent, avec une réforme de la D2 qui va faire très mal. Fini les 2 groupes, les barrages et tout ça. Fin 1993, mise en place de la super D2 à 22 clubs, ce qui veut dire que 18 clubs vont se retrouver en 3ème division. Perpignan, qui compte dans ses rangs des joueurs de la trempe de Pierre Gabzdyl en attaque, Pierre Haon au milieu ou Olivier Dall'Oglio et Lionel Cristol en défense ne fait pas le poids. Lors de ses 2 saisons à Perp’, Eric a côtoyé pas mal d’ancien joueur d’Alès, alors il franchit le pas et signe pour le club Cévenol. Il est recruté par José Pasqualetti pour apporter son expérience, et aider le jeune Sabri Lamouchi à devenir le joueur qu'il deviendra. Si à une époque, Alès jouait la montée (au milieu des années 80), là ce n’est pas vraiment le cas. Sa première saison est compliquée. Eric se pète le péroné durant la préparation d’avant saison (lors d'un match amical face à ..Perpignan) et passe 6 mois à l’infirmerie. Eric récupère sa place la saison suivante et fait une énorme saison, s’imposant face à son concurrent, sa meilleure en fait, avec 14 buts et 40 matchs joués. Cette saison là, il est même élu « Meilleur numéro 10 de D2 » Alès fait mieux que se maintenir et passe la saison dans le ventre mou, bien tranquille. Pourtant l’équipe n’est pas impressionnante, avec Gilbert Ceccarelli, dans les bois (le Castaneda du pauvre), Manuel Nogueira au milieu et Mass Sarr, un attaquant libérien qui est arrivé en France dans le sillage de Weah et a fait un passage à Monaco (si si en réserve).

Après 2 ans à Alès, Eric poursuit son tour de France et signe à Lorient. Il va passer 2 saisons chez les merlus, en D2, où il va rencontrer des joueurs haut en couleur : les frères Bouger Yves et Bernard, Sladjan Djukic, le divin chauve, Christophe Le Roux qui a écumé tous les clubs bretons. Nommé capitaine la première saison, il est victime d’une une arhrose du gros orteil qui le pousse à rompre son contrat. Il quitte alors la Bretagne et fait un saut à Angers, mais toujours sous le coup de sa blessure, il ne joue que très peu. Il ne s’éternise pas dans le Maine et signe à Rouen, en amateur. L’équipe est entrainée par Laurent Roussey et avec Eric le courant ne passe pas très bien… Fin de carrière en eau de boudin pour un joueur qui a toujours courut après la D1, sans jamais la retrouver. On se demande encore pourquoi ce joueur, pourtant pétri de qualités, n’a jamais eu sa chance : la faute à pas de chance surement. Il terminera en amateur à Grasse, où il fera son jubilé.

Que devient-il ?

Après avoir raccroché les crampons, Eric Delétang s’est installé à Golf Juan. Il a commencé comme éducateur à l’AS Monaco, mais comme 10 ans auparavant, le club princier n’a pas vraiment cru en lui. Il se rabat alors sur le club de St Jean de Beaulieu : « Je suis resté dans le milieu du football dans un club en m'occupant du sponsoring, des jeunes et aussi de l'équipe une à St-Jean Beaulieu. ».

Parallèlement, après avoir passé ses diplômes (1 DESS de Marketing et Management du Sport Professionnel),il va travailler dans la formation professionnelle avant de devenir commercial pour la marque EREA pendant plusieurs années, une société basée à Niort dont il est même actionnaire. « On ne m'a pas proposé de réels projets dans le foot, donc je me suis tourné vers l'équipement sportif. J’ai travaillé pour une société qui est basée à Niort, dont je suis actionnaire. Je représente la marque "EREA" sur la région sud-est. Bref, j'avais des projets de formations dans le football, mais j'ai aussi connu un essoufflement en ne trouvant plus d'interlocuteurs qui me permettraient d'amener à bien mes projets. J'ai donc pris un virage à 180° car je suis désolé il fallait que je change d'horizon à force de me casser les dents face à des personnes qui connaissent tout du football ».

Depuis janvier 2010, il a quitté EREA et est devenu le directeur sportif de la Kadji Sports Academie de Douala au Cameroun.

Photos

Eric Delétang à Martigues
Eric Delétang à Martigues
Eric Delétang à Martigues
Eric Delétang à Martigues
Eric Delétang à Martigues
Eric Delétang à Martigues
Eric Delétang à Martigues
Eric Delétang à Martigues
Eric Delétang au Havre
Eric Delétang au Havre
Eric Delétang à Martigues
Eric Delétang à Martigues
Eric Delétang à Martigues
Eric Delétang à Martigues
Eric Delétang au Havre