Serge Besnard
En Bref
| Saison | Club | Nb matchs | Nb buts |
|---|---|---|---|
| 1968 - 1969 |
|
4 | 0 |
| 1969 - 1970 |
|
0 | 4 |
| 1970 - 1971 |
|
24 | 0 |
| 1971 - 1972 |
|
33 | 3 |
| 1972 - 1973 |
|
34 | 2 |
| 1973 - 1974 |
|
27 | 2 |
| 1974 - 1975 |
|
36 | 1 |
| 1975 - 1976 |
|
22 | 0 |
| 1976 - 1977 |
|
36 | 0 |
| 1977 - 1978 |
|
32 | 0 |
| 1978 - 1979 |
|
36 | 0 |
| 1979 - 1980 |
|
32 | 0 |
| 1980 - 1981 |
|
38 | 0 |
| 1981 - 1982 |
|
10 | 0 |
| 1982 - 1983 |
|
11 | ? |
- 1974 : Champion de France de D2 (Red Star)
- 1978 : Champion de France de D2 (Lille)
Sa vie, son oeuvre
Dans la grisaille parisienne, un garçon né en Avril 49 dans le 20ème arrondissement, va bientôt se faire connaître "de ce football à la papa" où anisette et cacahouète se mélangent élégamment sur les comptoirs en formica de la goutte d'Or et de Pigalle. Et comme disent les filles de joie qui fleurissent sur les trottoirs de Paname, c'est un homme, un vrai. Il a pour nom Serge Besnard, et s'il n'est pas très grand, 1M70 pour 70 kilos, il ne plaisante pas. Vrai titi parisien, combattant dans l'âme, l'hermétique et teigneux Serge Besnard fait ses classes au club de la porte de Montreuil, le fameux CA, pour devenir international cadet puis espoir. Il y restera jusqu'en 1968, date à laquelle il intègre, à 19 ans, les rangs du prestigieux Red Star. Parcours logique, car le Red Star est alors le vrai grand club parisien, le seul du moins à jouer encore en première division depuis qu'il a fusionné en 67 avec...le "Toulouse Football Club" sous la houlette du "Milliardaire rouge", Jean Baptiste Doumeng, maire de Noé en Haute-Garonne et accessoirement grand argentier du club parisien. Doumeng est l'homme des contrats mirifiques avec le bloc de l'Est. Caution capitaliste "des rouges", il se dit humaniste et dévoué au communisme, mais ne transige guère avec des principes élémentaires qui ont fait sa fortune. Il a le sens des affaires. Autant dire que l'argent coule à flot, pas toujours utilisé à bon escient d'ailleurs. Si le club audonien s'offre les renforts de Roger Magnusson et de Nestor Combin, vieille gloire de l'OL et de l'OM, il campe aussi dans les basses eaux de la D1, le royaume de Serge Besnard, promu dés 72, meilleur milieu défensif du Red Star. Il tire aussi les pénaltys. Le Red Star FC, Serge y jouera 8 saisons au poste de numéro 6 et même ailier droit, entre D1 et D2, jusqu'à ce dernier match contre Lille à Bauer, relaté avec ferveur par Gilles Saillant sur le site officiel du club banlieusard : "Il y a tout juste trente ans, le Red Star FC jouait sa dernière saison en Première division. C'était en 1974-75... Dans un championnat qui comporte 38 journées, l'équipe entraînée depuis peu par André Mérelle, l'un de ses joueurs, va remporter ses deux dernières victoires lors des 28e et 29e journées. A domicile face au LOSC, le 23 février 1975 (2-1) et au stade de la Route de Lorient contre le Stade Rennais (2-0) le 12 mars. A chaque fois grâce à son génial buteur, « Nestor la Foudre » le bien nommé ! Contre Lille, c'est en transformant un penalty à la 40e minute qu'il ouvre le score. Jean-Claude Bras, pris en sandwich dans la surface par deux Lillois, en a bien rajouté un peu en effectuant un vol plané spectaculaire ! Mais le Red Star mène 1-0. Puis 2-0 quand Bras encore, bien servi par Serge Besnard, adresse la dernière passe à Combin qui ponctue l'action d'un tir fulgurant à la 68e minute. Le LOSC sauvera l'honneur par De Martigny à un quart d'heure de la fin. En Bretagne, pour le match suivant, c'est encore Nestor qui va faire trembler les filets. La première fois, Roger Magnusson, le sorcier suédois du dribble, se débarrasse de trois joueurs rennais et tire au but. Pierrick Hiard, le gardien, repousse la balle mais Combin, en embuscade, ouvre la marque (69e). Puis à trois minutes de la fin de la partie, « maître » Nestor profite d'une erreur de la défense pour infliger aux Rennais leur première défaite de la saison à domicile. A ce jour, c'est la dernière victoire du club audonien en Division 1." Malgré ces deux succès de suite, le Red Star reculera d'une place ! Classé 18ème avant son match contre Lille, il se retrouvera 19ème après celui de Rennes à cause du point de bonus remporté par Metz sur Nîmes (3-0). Quatre nuls et cinq défaites plus tard, le Red Star FC terminera 20ème et dernier.
Serge Besnard qui vient de boucler son 36ème match dans la rue du docteur Bauer va alors prendre la direction de Lille, où il restera 4 saisons entre D1 et D2. Ce sont les années moyennes du Losc qui vivote sous la haute protection de la municipalité de Pierre Mauroy. Le stade Grimonprez-Jorris qui fait suite au vétuste Henri-Jooris, est en gestation, mais les équipements annexes sont obsolètes, et le sponsor s'appelle "Peaudouce", le roi des couches pour bébé. Bref, rien de très glamour. Dés 80, le club a repris son statut pro mais doit faire face à une dette qui atteint les 700 000 francs, record de l'époque. Un comité de soutien avec Annie Cordy et Guy Lux est crée. Il rassemble de nombreuses personnalités. Des matchs amicaux sont également organisés contre le Feyenoord, Anderlecht, le Standard de Liège et l'OM. L'argent collecté permettra de rétablir les finances, mais les recrues se montrent inégales et le Losc reprend son habituel yoyo entre la D2 et la D1. A l'issue de la saison 72-73, le passif est de 6 millions de francs, ce qui conduit la municipalité à intervenir une nouvelle fois. Le club est transformé en société d'économie mixte, et passe directement sous la coupe de la ville qui le contrôle à 80 pour cent. Pierre Mauroy choisit les présidents, et Besnard voit passer quelques excellents entraîneurs : Georges Peyroche de 73 à 77, puis Charly Samoy pour un bref intérim, et l'ex canari José Arribas de 77 à 82. A l'issue de la saison 77- 78, Besnard qui vient d'accomplir une saison pleine sous le maillot nordiste, avec 36 matchs et 5 buts prend la route de la D2.
Un long bail avec le FC Tours l'y attend avec en vue une montée en D1. Sous la houlette de l'excellent Pierre Phelippon qui a fait lui aussi ses classes dans le Nord, à Cambrai, le FCT s'est d'abord stabilisé dans le premier tiers du classement. En 78, Jean Royer député-maire de la ville et accessoirement président du club, donne l'impulsion tant attendue. Royer est alors une personnalité politique de premier plan, le rival Gaulliste de Michel Debré en Val de Loire, deux fois ministre dans la France pompidolienne des Trente Glorieuses, reconstructeur de sa ville, ce qui lui vaudra bien plus tard, le surnom du "Roi Jean". Fort de ce maire bâtisseur et dynamique, le FCT opte pour le statut pro en 78, et s'offre dans la plaine du Cher, un stade ultra-moderne de 22 000 places pour 3 milliards de centimes. Le recrutement qui s'en suit, se veut complémentaire. Un attaquant de haute volée, nommé Bernard Ferrigno est arrivé l'année précédente de Lyon, pour épauler Antoine Dossevi et Besnard promu capitaine mais qui est redescendu d'un cran, le poids des ans sans doute, fait désormais équipe avec l'international Olympique de 76, Michel Pottier. Au milieu, un polonais au port altier, nommé Zbignew Seweryn apporte la note technique, tandis que Jean-Michel Bassot, Michel Kaham et l'ex-Nantais Gilles Morinière jouent les porteurs d'eau pour les ailiers Rosso et Princet, réputés pour leur sens du débordement. La saison, marquée par les 16 buts de Ferrigno et les 11 de Dossevi, est limpide. Sur sa nouvelle pelouse, le FCT qui a donc abandonné son vétuste terrain de Grammont, écarte Rennes, et s'assure définitivement la montée grâce à un nul à Quimper. Mais il n'y a pas photo pour le titre de champion de France de D2, qui revient à l'AJ Auxerre de Guy Roux à l'issue d'un match aller, à sens unique (4-0). La saison suivante, la première dans l'élite, s'annonce délicate car le recrutement est relativement moyen avec les seules arrivées de Patrice Augustin, Jean-Philippe Dehon, Francis Meynieu et du goleador argentin Delio Onnis. Heureusement, un autre habitué des combats de la D1, l'angevin Patrick Brulez rejoint le vaisseau bleu pour prendre la succession de Pottier, formant avec l'expérimenté Besnard, une charnière centrale tout à fait valable sur le papier, mais qui sera longtemps en phase expérimentale. Tours encaisse en effet la bagatelle de 71 buts, et il faut attendre les barrages pour voir le FCT arracher son maintien au détriment du Toulouse de Robert Pintenat. L'année 81 a été très éprouvante. Onnis, bien qu'isolé à la pointe de l'attaque "a fait le métier". Il termine meilleur buteur avec 24 buts. La saison suivante, est celle du déclin physique pour Besnard qui voit la concurrence en défense augmenter dangereusement. Dans les cages, Jean-Marc Desrousseaux succède à Jean-Noël Dusé. Dominique Marais et Bruno Steck sont arrivés, et offrent davantage de solutions au nouveau coach hollandais Hennie Hollink, d'autant que Marais peut évoluer aussi bien sur les cotés que dans l'axe, au poste de stoppeur. La charnière angevine Steck-Brulez qui faisait rire dans les cours d'école les collectionneurs des figurines Panini est reconstituée, et Besnard se retrouve logiquement sur le banc des remplaçants, où il joue désormais et avec classe, les équipiers de luxe. C'est pourtant la meilleure saison tourangelle en D1. Avec les arrivées de Karim Maroc et de Bernard Lacombe, le milieu est dense, talentueux, compact, créatif. Onnis est intenable. Il marque à 29 reprises. Besnard est toujours sur le banc l'année suivante pour sa dernière année chez les pros. 10 petits matchs en titulaire, pour voir le collectif bleu "exploser", miné par les querelles de vestiaire, où le salaire d'Onnis fait bien des jaloux. Cerise sur le gateau, Hollink qui prône la préparation physique à outrance, met ce dernier en concurrence directe avec son compatriote Omar Da Fonseca, avant de le laisser sur le banc. Par excès d'autoritarisme, Hollink qui n'a rien d'un pédagogue, a perdu la confiance de ses hommes, et la pitoyable aventure s'arrête à Nîmes, où Tours échoue lamentablement en barrage.
Après plus de 400 matchs en D1 et en D2, Besnard raccroche mais reste au club, en tant qu'entraîneur de la réserve. Il épaule donc Guy Briet lors de la saison de la remontée en D1, avant de prendre sa suite un soir de Janvier 85. Tours est 19éme, et il s'en expliquera dans "L'Equipe", après une belle victoire sur les Girondins de Bordeaux, 1-0, but de Merry Krimau : « le pari est énorme. J'accepte de prendre la succession de Briet juste au moment de la venue de Bordeaux. Imaginez qu'on prenne 5 buts dans la valise, j'aurais eu l'air de quoi ? Heureusement, les gars m'ont aidé et se sont défoncés. Ils se résignaient à la descente et le courant ne passait plus avec Briet. Personnellement, j'avais de bons rapports avec lui. L'an passé, pour le public, c'était le messie. Bref, le "choc psychologique" a joué. Avez-vous vu cette soif de vaincre de Krimau, les débordements de Manon, les tirs de Coiffier et de Da Fonseca ? quelles émotions ! » Le fait est, que Tours jouera dés lors beaucoup mieux, sans pour autant échapper à la relégation à l'issue d'un match couperet à Laval, perdu 3-1 après l'expulsion de Coiffier et alors que Tours menait 1-0. Le retard sur les poursuivants était bien trop grand. Moralité, le remplacement du coach est intervenu bien trop tardivement, ce que reconnaîtra le directeur sportif Yvon Jublot : « nous avons des remords dans les hésitations qui ont précédé notre changement d'entraineur. Avec Briet, nous avons eu une moyenne de 0.60 point par match. Elle est passée à 1.10 avec Besnard qui a pris 9 points pour nos 5 dernières rencontres à Tours. Sur cette moyenne, on se maintenait ... »
Besnard reste entraîneur, mais n'a guère les moyens de mener à bien sa mission première la saison suivante : la remontée immédiate. En effet, et à l'instigation du directeur sportif Yvon Jublot, pas moins de 9 éléments dont Krimau, Polaniok et Da Fonseca ont quitté le navire à l'intersaison, pour éviter le crash financier. Si les finances s'en portent mieux, le FCT économisant 350 millions de centimes, le pari sportif lui est loin d'être atteint. Malgré les arrivées de Paco Rubio et de l'argentin Raul Vargas Rios, le FCT termine à une peu glorieuse 9ème place, dans un stade déserté. Un classement final que Serge Besnard ne verra même pas. En Janvier 86, il est écarté sans que l'on puisse lui reprocher grand chose, si ce n'est une certaine naïveté à l'égard des pouvoirs en place qui lui ont inexorablement lessivé la planche. Deux ans plus tard, Tours se retrouvera en D3, avec un déficit colossal et une image de marque lamentable. La place était-elle si bonne à prendre ?
Pendant 3 ans, il poursuit donc sa carrière en D3 à Saint-Raphaël, sous le chaud soleil de la côte d'Azur, jusqu'à ce sinistre jour du 27 Août 2002. La nouvelle tombe. Sèche. Incroyable. Inexorable. Pathétique. Et tellement triste. Serge Besnard est mort, emporté par une crise cardiaque. Et dire qu'il n'avait que 52 ans...






Commentaires
Merci à Christophe Belhomme pour sa contribution